PORTRAIT en Lot-et-Garonne : une femme engagée qui transforme un diagnostic tardif en soutien concret pour les enfants en difficulté
Dans le nord du Lot-et-Garonne, entre les repères ruraux de Fumel et de Monsempron-Libos, le parcours d’Olivia Martinet s’inscrit dans une réalité que beaucoup de familles connaissent sans toujours pouvoir la nommer : celle des difficultés invisibles, longtemps mises sur le compte du caractère, du stress ou d’une « sensibilité excessive ». Son histoire prend un tournant lorsque l’autisme est identifié à l’âge adulte, une révélation qui ne résout pas tout, mais qui remet de l’ordre dans un puzzle intime. Et ce moment charnière devient, contre toute attente, le point de départ d’un engagement tourné vers les enfants en difficulté.
Le portrait se dessine loin des slogans. Il s’agit d’une trajectoire où le vécu ne se transforme pas en étendard, mais en outil. Ce changement n’a rien d’une conversion soudaine : il ressemble plutôt à une bascule progressive, nourrie par des rencontres professionnelles et une volonté d’apporter des réponses là où les familles se heurtent souvent à des portes closes. Dans les conversations avec des proches, un détail revient : l’enfance a laissé des traces, notamment autour du rapport à l’alimentation. Ce sont des aspects très concrets du quotidien — textures impossibles, dégoûts fulgurants, fatigabilité sensorielle — qui finissent par éclairer des années d’incompréhension.
Dans ce type de parcours, la difficulté n’est pas seulement médicale. Elle est aussi sociale. Combien d’enfants se retrouvent catalogués « difficiles » à la cantine, « capricieux » à table, « inadaptés » en sortie scolaire, alors qu’ils se battent avec des perceptions sensorielles envahissantes ? La question n’est pas anecdotique : elle touche à la scolarité, à l’estime de soi, à la place dans le groupe. Et lorsque l’on grandit dans un territoire où les ressources spécialisées sont parfois éloignées, la charge pèse davantage sur les familles.
Le déclic se double d’une autre idée forte : donner une utilité collective à ce qui a longtemps été douloureux. Non pas « raconter pour raconter », mais construire. L’ancienne activité de graphiste, exercée en indépendante, apporte une compétence décisive : celle de traduire des concepts complexes en supports accessibles. Dans l’univers de la santé, cette capacité est précieuse, car le langage des diagnostics et des bilans peut vite devenir un mur. En filigrane, une conviction s’installe : rendre les outils plus simples, plus ludiques, plus dignes aussi. 🧩
Pour illustrer ce fil conducteur, un personnage fictif revient souvent dans les échanges avec les professionnels : Noé, 7 ans, scolarisé en CE1, qui adore les dinosaures mais redoute la cantine. Noé n’a pas « juste peur de manger » : il redoute le bruit, les odeurs, les mélanges. Son refus alimentaire déclenche des tensions familiales, des remarques maladroites, parfois des sanctions. Lorsqu’un enfant comme Noé rencontre un support bien conçu, qui l’aide à nommer ce qu’il ressent et à s’exposer progressivement, ce n’est pas un miracle : c’est une marche de plus vers l’autonomie. L’idée d’Olivia Martinet s’inscrit précisément dans cet entre-deux, là où le soin rencontre l’éducation.
Créer Nuti : du vécu personnel à un projet social pour les enfants avec troubles de l’oralité et besoins spécifiques
Le projet Nuti ne naît pas d’un business plan froid. Il se structure à partir d’une question simple, presque intime : que manque-t-il aux enfants pour traverser certaines difficultés sans être réduits à leurs symptômes ? En s’intéressant aux troubles de l’oralité — souvent associés à des profils neurodéveloppementaux, mais aussi présents dans d’autres situations — Olivia Martinet se place au croisement de plusieurs mondes : la santé, l’école, la famille, et le jeu comme médiateur. Le mot « jeu » peut tromper : ici, il s’agit d’un levier sérieux, validé par des pratiques de terrain, utilisé pour diminuer l’anxiété, ritualiser, et rendre la progression visible.
La démarche se consolide grâce à des échanges avec des orthophonistes et des ergothérapeutes. Ces professionnels rappellent une réalité : l’enfant ne change pas durablement parce qu’on lui dit « fais un effort », mais parce qu’on lui propose une exposition graduée, respectueuse, et qu’on implique son environnement. L’approche de Nuti s’inscrit dans cette philosophie : soutenir, guider, outiller. La forme prend alors de l’importance : des supports clairs, des consignes non culpabilisantes, des scénarios qui donnent envie plutôt que peur.
Dans les familles, les scènes sont souvent les mêmes. Une assiette arrive, l’enfant se fige. Les parents hésitent entre insister, céder, négocier. La fatigue s’accumule, parfois une forme de honte aussi. Le soutien doit donc être double : aider l’enfant, mais aussi alléger la pression sur les adultes. C’est là qu’un outil pensé avec des soignants peut faire une différence : il offre un cadre, un langage commun, une progression mesurable. Et surtout, il évite l’isolement, ce piège silencieux que connaissent tant de parents.
Des jeux numériques pensés comme des passerelles, pas comme des écrans de plus
Dans l’univers actuel, l’écran est souvent accusé d’envahir la vie des enfants. Le pari de Nuti est plus nuancé : utiliser le numérique comme une passerelle, avec des temps courts, guidés, et orientés vers le réel. Un jeu en ligne peut aider à préparer une situation (goûter, cantine, repas chez des amis), à identifier des sensations, à choisir des stratégies. L’objectif n’est pas de substituer le soin, mais d’accompagner au quotidien, quand le cabinet est loin et la semaine chargée.
Le fait que les jeux soient fabriqués en Alsace dit aussi quelque chose : la production s’inscrit dans une logique française, avec une attention à la qualité et à la cohérence. Mais l’ambition affichée est ailleurs : rapprocher progressivement l’activité du Lot-et-Garonne, un territoire auquel l’entrepreneuse reste attachée. Cette idée de relocalisation n’est pas un effet de mode : elle touche à l’emploi, aux savoir-faire, à la fierté locale. Dans des zones marquées par la désindustrialisation, notamment autour de Fumel, chaque projet qui tente de recréer de la valeur sur place porte une charge symbolique forte. 🌱
Une liste d’appuis concrets pour les familles et les professionnels
Dans les échanges autour de Nuti, plusieurs besoins reviennent, et ils structurent une boîte à outils qui dépasse le produit lui-même. Pour une famille comme celle de Noé, tout repose sur des détails : comment annoncer un changement, comment gérer la cantine, comment mesurer les progrès sans obsession.
- 🧠 Mettre des mots sur les sensations : texture, odeur, bruit, fatigue, gêne orale, pour éviter la confusion entre « refus » et « douleur ».
- 🗓️ Ritualiser les étapes : préparer, tester, accepter de toucher, sentir, goûter, puis intégrer progressivement.
- 🤝 Créer une alliance école-famille : un même vocabulaire et des objectifs réalistes, plutôt que des injonctions contradictoires.
- 🎯 Fixer des objectifs atteignables : une micro-victoire vaut mieux qu’un bras de fer quotidien.
- 🧩 Adapter sans isoler : aider l’enfant sans le couper du collectif, en trouvant des alternatives discrètes.
Ce qui se joue ici, au fond, c’est un déplacement du regard : l’enfant n’est plus « problème », il devient « personne en adaptation ». Et cette nuance change tout pour la suite. L’étape suivante, logique, concerne la reconnaissance et la structuration du projet à l’échelle du territoire.
Reconnaissance, incubateur à Agen et “bataille des start-up” : quand l’engagement se confronte au réel économique
Un projet social peut être lumineux sur le papier et fragile dans la réalité. C’est souvent là que se fait la différence entre une idée inspirante et une action durable : la capacité à structurer, financer, vendre, recruter, sans perdre le sens. L’entrée dans un incubateur à Agen, à l’Agropole, donne à Nuti un cadre de maturation. Dans ces espaces, l’entrepreneuriat est moins romantique qu’on l’imagine : il s’agit d’apprendre à chiffrer, à convaincre, à tester un marché, à supporter les refus. Et à tenir, surtout, quand l’énergie baisse.
La participation à une “bataille des start-up” se fait dans un état d’esprit presque défensif : tenter, sans se promettre la victoire. Le résultat — une deuxième place — apporte une visibilité qui dépasse le trophée. Dans le Lot-et-Garonne, où de nombreux jeunes partent vers Bordeaux ou Toulouse faute de perspectives, ce type de reconnaissance a une portée collective. Il dit : une initiative née ici peut se faire une place, même lorsqu’elle porte un sujet encore tabou, celui du handicap et des aménagements nécessaires.
Cette dimension est cruciale en 2026 : la parole sur la neurodiversité progresse, mais le monde du travail demeure inégal. Une réussite entrepreneuriale portée par une personne concernée devient un signal : il est possible d’agir, de diriger, de créer de l’emploi, tout en assumant des besoins spécifiques. Ce message a un effet miroir sur les parents d’enfants en difficulté : il ouvre un horizon, il casse l’idée d’un destin fermé. ✨
Premières ventes, alternance et croissance prudente : l’équilibre entre ambition et fragilité
Depuis le début de l’année, les premières ventes des jeux en ligne arrivent. Ce moment est à la fois réjouissant et impitoyable : il confirme l’intérêt, mais impose une régularité. Le projet accueille aussi une alternante, signe d’un passage de l’aventure individuelle à une petite organisation. Là encore, l’enjeu n’est pas uniquement économique : c’est un apprentissage du collectif, du rythme, de la délégation, des priorités.
Le financement, souvent accessible au démarrage grâce à des dispositifs d’accompagnement, devient plus incertain après les premières années. La phrase revient comme un rappel à la réalité : ensuite, il faut vendre. Dans le champ du social, vendre ne signifie pas trahir ses valeurs. Cela peut signifier stabiliser l’outil, sécuriser les salaires, investir dans la qualité, et rendre l’impact reproductible.
Tableau de lecture : étapes d’un projet engagé et points de vigilance
Pour comprendre ce que traverse une initiative comme Nuti, un tableau permet de visualiser les phases clés et ce qu’elles impliquent pour les enfants et les familles.
| Étape 🧭 | Objectif 🎯 | Risque principal ⚠️ | Effet attendu pour les enfants 👧🧒 |
|---|---|---|---|
| Diagnostic et prise de conscience 🧩 | Mettre du sens sur des difficultés anciennes | Isolement, culpabilité, errance | Meilleure compréhension et apaisement familial |
| Co-construction avec des soignants 🤝 | Créer un outil crédible et utile | Produit trop technique ou trop généraliste | Support adapté, progression réaliste |
| Incubation et concours 🏁 | Structurer, clarifier, gagner en visibilité | Perdre le sens au profit du pitch | Accès élargi à l’outil via des partenaires |
| Premières ventes et recrutement 💼 | Passer de l’idée au service régulier | Trésorerie instable, surcharge de travail | Continuité d’accès, meilleure disponibilité |
| Déploiement territorial 🌱 | Relocaliser, créer un réseau local | Manque de fournisseurs, lenteur administrative | Proximité, ateliers et relais de terrain |
Ce qui ressort, c’est une mécanique délicate : réussir économiquement sans s’éloigner des enfants. La prochaine étape, annoncée, déplace encore la frontière : passer du jeu aux produits alimentaires, avec tout ce que cela implique d’exigence et de responsabilité.
Produits alimentaires et relocalisation en Lot-et-Garonne : l’étape industrielle au service des enfants fragilisés
Développer des produits alimentaires quand on travaille sur les difficultés sensorielles n’est pas une diversification opportuniste. C’est une prolongation logique : si une partie de la souffrance des enfants se joue dans l’assiette, la réponse peut aussi venir de l’assiette, à condition d’être conçue avec rigueur. Le lancement prévu à la rentrée marque un passage à un niveau de complexité supérieur : réglementation, hygiène, traçabilité, tests, coûts de production, distribution. Dans ce domaine, la sensibilité ne suffit pas ; il faut une méthode.
Les familles attendent des solutions qui n’ajoutent pas du stress. Un produit alimentaire « pensé pour » doit donc éviter deux pièges : être trop médicalisé (ce qui peut stigmatiser), ou au contraire trop marketing (ce qui déçoit). L’équilibre consiste à proposer quelque chose d’agréable, simple, rassurant, et adaptable. Certains enfants tolèrent mieux des textures lisses, d’autres acceptent le croquant, certains ont besoin de goûts très neutres. La palette est immense, et chaque détail compte.
Cas concret : la collation de Noé, entre école et maison
Revenons à Noé, 7 ans. À l’école, le goûter est un moment social. Refuser, c’est se faire remarquer. Accepter, c’est parfois prendre sur soi, puis s’effondrer en fin de journée. Une collation aux textures prévisibles, avec une approche progressive (petites portions, forme ludique, neutralité des odeurs) peut devenir un pont. L’enfant ne « guérit » pas ; il gagne une marge de manœuvre. Et cette marge change l’ambiance familiale, parfois le rapport à l’école.
Cette perspective explique aussi la volonté de relocaliser l’activité dans le Lot-et-Garonne. Dans un département où certaines zones ont vu partir des emplois et des jeunes talents, l’idée de produire localement résonne. Elle peut créer des partenariats avec des ateliers, des imprimeurs, des structures agroalimentaires, ou des réseaux de distribution de proximité. Ce tissu local, lorsqu’il existe, donne un ancrage et réduit la dépendance à des chaînes trop lointaines. 🏭
Relocaliser, c’est aussi réapprendre à faire territoire
Relocaliser ne signifie pas uniquement “fabriquer près de chez soi”. C’est une manière de retisser des liens : avec des professionnels de santé du coin, des écoles, des associations, des collectivités. Le Lot-et-Garonne a déjà une culture associative riche, et des initiatives solidaires émergent régulièrement : marches, trails, collectes pour des enfants sinistrés, actions de sensibilisation. Dans ce paysage, une entreprise à impact peut devenir un partenaire, plutôt qu’un acteur isolé.
Le défi, évidemment, est financier. L’industrie alimentaire demande de l’investissement, et l’équation est serrée lorsqu’on vise un produit accessible. Les arbitrages sont permanents : qualité versus coût, petites séries versus rentabilité, innovation versus sécurité. La crédibilité se joue aussi dans la transparence : expliquer ce qui est possible, ce qui ne l’est pas encore, et pourquoi.
Au bout de cette étape, un enjeu humain s’impose : comment construire une organisation de travail qui respecte les fragilités, sans fragiliser le projet ? C’est là que la question du management et de la santé mentale prend toute sa place.
Santé mentale, autisme et travail : un management adapté pour soutenir durablement les enfants et les équipes
L’engagement auprès des enfants en difficulté passe aussi par la manière de travailler. Il existe une cohérence entre le projet et sa gouvernance : on ne peut pas prôner l’adaptation pour les enfants et reproduire, en interne, une culture de l’épuisement. Dans le cas d’Olivia Martinet, l’expérience personnelle de l’autisme adulte rend cette question non négociable. Adapter ses horaires, organiser ses journées, anticiper la surcharge sensorielle : ce sont des nécessités qui, dans beaucoup d’entreprises, restent incomprises ou perçues comme des caprices.
Le sujet dépasse le confort individuel : il touche à la pérennité. Une structure qui s’effondre sous la fatigue ne rend service à personne, ni aux salariés, ni aux familles. La santé mentale est un enjeu de santé publique, et les entrepreneurs n’y échappent pas. Les périodes de lancement, de concours, de production, de prospection commerciale sont des zones à risque. Or, quand le projet s’adresse à des enfants vulnérables, l’exigence émotionnelle est encore plus forte : chaque retour de parent, chaque témoignage, peut toucher au cœur.
Des choix de gestion qui envoient un signal fort
Parmi les décisions évoquées, certaines attirent l’attention parce qu’elles restent rares : la possibilité de congés menstruels pour une salariée, par exemple. Le sujet est délicat en France, souvent caricaturé, mais il correspond à une approche pragmatique : reconnaître des réalités physiologiques, éviter la souffrance silencieuse, prévenir l’absentéisme subi. Ce type de mesure n’est pas un gadget : c’est une manière de dire que le corps et la santé comptent, y compris dans un environnement professionnel.
Cette logique d’adaptation rejoint celle proposée aux enfants : plutôt que d’attendre que tout le monde rentre dans un moule, on aménage. Et l’aménagement n’est pas un privilège ; c’est un outil d’équité. Il ne s’agit pas de tout permettre, mais de rendre le travail soutenable, ce qui améliore souvent la qualité finale des productions.
Une trajectoire sociale qui pèse : l’importance du soutien familial
Le portrait se nuance aussi par l’origine sociale. Issue d’une famille ouvrière, Olivia Martinet sait ce que représente le fait de “se lancer” : le risque, l’incertitude, parfois l’incompréhension. Dans certaines familles, entreprendre dans le champ du numérique et de la santé peut sembler abstrait. Et pourtant, le soutien affectif existe, parfois dans des gestes simples : un partage sur les réseaux, un message, une fierté discrète. Le symbole d’une mère “première supportrice” sur Instagram dit quelque chose de l’époque : la reconnaissance passe aussi par ces micro-validations quotidiennes, qui aident à tenir quand la route est longue. ❤️
Dans le Lot-et-Garonne, cet ancrage familial et territorial n’est pas un décor : c’est une ressource. Il rappelle que les enfants en difficulté ne vivent pas seuls avec leurs troubles ; ils vivent dans des réseaux de proches, de voisins, d’écoles, de soignants, d’associations. Un projet comme Nuti, s’il se développe, peut devenir un point de rencontre : un endroit où l’on n’a pas à se justifier sans cesse, où l’on peut trouver des outils, et parfois simplement une forme de considération.
La phrase qui reste, au terme de ce parcours, tient en une idée : l’adaptation n’est pas une faiblesse, c’est une stratégie de dignité, et c’est souvent ce dont les enfants ont le plus besoin pour grandir.

Samy Hardy dirige la rédaction depuis cinq ans. Journaliste de formation, passé par la presse santé grand public et la communication médicale, il s’est spécialisé dans la vulgarisation de la pédiatrie, du développement de l’enfant et des sciences du langage. Père de deux enfants, il revendique une ligne éditoriale exigeante mais accessible : « personne ne devrait avoir besoin d’un doctorat pour comprendre ce qui arrive à son enfant ».
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