Le 5 juillet 2025, Birmingham retenait son souffle. Sous un ciel chargé, le gratin du Heavy Metal se pressait pour un dernier adieu à celui qui régna sur les ténèbres. Quelques jours plus tard, le Prince des ténèbres s’éteignait. Entre testament musical et bulletin de santé, les Mémoires posthumes d’Ozzy Osbourne dressent le portrait saisissant d’un homme qui aura dansé avec la mort plus longtemps que quiconque.
Le corps qui se délite : autopsie d’un déclin physique annoncé
Il y a des vies qui semblent défier toutes les lois de la médecine. Celle d’Ozzy Osbourne en fait partie. Survivant à des décennies d’excès en tous genres, l’ex-frontman de Black Sabbath a finalement dû rendre les armes. Mais pas sans livrer un témoignage d'une sincérité rare sur son corps qui se délite.
« Je suis littéralement en train de me désintégrer », concède-t-il dans ces pages. Colonne vertébrale en miettes, Parkinson, emphysème, arythmie cardiaque, caillots sanguins, valve cardiaque fatiguée : la liste est vertigineuse pour celui qui se comparait lui-même à un « miracle médical » dès 2010.
Quand le système médical devient une seconde maison
Le chanteur l’avoue sans fard : même au sommet de sa gloire, il a toujours su tirer parti du système de santé. Les médecins et dentistes complaisants se sont enchaînés pour lui prescrire « toutes sortes de pilules ». Son nez, dit-il, « coulait comme un robinet à cause des montagnes de cocaïne sniffée ». Une addiction qui ne l’a jamais quitté.
La dégringolade s’accélère en 2019. Les infections se multiplient, mais c’est une « banale » chute domestique – au pied de son lit – qui précipite le Madman dans un tsunami sanitaire fatal. Les opérations se succèdent sur sa colonne, le clouant dans un fauteuil roulant. Lui qui se décrivait comme un « Gollum » tire une fierté amère de cette lente désintégration.
« La mort frappe à ma porte depuis six ans. À un moment donné, je vais devoir la laisser entrer. »
Cette mort imminente, Ozzy l’a sentie approcher avec une lucidité désarmante. Mais avant de partir, il a voulu laisser un dernier message.
Last Rites : des Mémoires d’outre-tombe d’une sensibilité artistique rare
Sorti à l’été 2025 chez Michel Lafon, « Last Rites – Mémoires d’outre-tombe » (384 pages, 20,95 euros) n’est pas un énième livre de rockeur. C’est une plongée dans une conscience qui se sait condamnée. Le récit alterne entre le présent – cet état de fin de vie – et des flashbacks qui reconstituent la tournée d’adieu qui n’aura jamais lieu, transformée en festival apothéose « Back to the Beginning ».
Le rôle méconnu de Chris Ayres dans ce testament
L’écriture porte indéniablement la marque de Chris Ayres, co-auteur déjà présent sur la bio « I Am Ozzy » en 2010. Son talent capte parfaitement le phrasé caustique d’Ozzy, oscillant entre humour noir britannique et lucidité sans concession. Le texte résonne comme une longue conversation d’outre-tombe, écrite en « vers » plutôt qu’en prose.
Il faut lire ces pages comme un traité médical autant qu’une confession rock. Le chanteur y détaille chaque affection avec la précision d’un clinicien, mais aussi avec l’autodérision de celui qui n’a plus rien à prouver. une sensibilité artistique qui ne l’a jamais quitté, même dans les pires moments.
Un excentrique passionné : entre râpe à fromage et coups de fil saouls
Le livre regorge d’anecdotes qui rappellent pourquoi Ozzy demeure l’un des musiciens passionnés les plus imprévisibles de sa génération. On y croise un Eddie Van Halen ivre, appelant en pleine nuit pour demander au Madman de poser sa voix sur des titres inédits. Refus poli d’Ozzy, qui préférera toujours suivre son instinct.
Mais l’histoire la plus improbable reste celle de son éphémère bassiste Don Costa, décédé en 2024. Ce « complètement taré » – c’est Ozzy qui le dit – avait fixé une râpe à fromage à l’arrière de sa basse pour se lacérer le bras à chaque concert. Une pratique digne d’un fromager sadique, qui lui valait de finir systématiquement en sang sur scène. Et une attitude très « collante » avec Ozzy, qui n’eut d’autre choix que de le virer.
Preuve que l’excentricité a ses limites : même Ozzy Osbourne a fini par trouver Don Costa trop barré. L’occasion pour le Prince des ténèbres de révéler page 173 qu’il n’est « pas musicien ». Un aveu qui remet les pendules à l’heure sur la composition de « Bark At The Moon », dont il s’attribuait jadis paroles et musiques, alors que tout le monde sait que Bob Daisley et Jake E. Lee en étaient les vrais artisans.
Une volte-face tardive mais salutaire : Ozzy conviera d’ailleurs Jake E. Lee à son concert final pour lui rendre un vibrant hommage.
L’amoureux des animaux : de la morsure de chauve-souris à la défense de Brigitte Bardot
On ne présente plus le geste fou de 1982 : mordre la tête d’une chauve-souris sur scène. Un acte que le chanteur a longtemps regretté. Mais l’homme qui décapitait les colombes est devenu, avec l’âge, un défenseur inattendu de la cause animale.
Dans un entretien accordé en 2010, il confiait à notre reporter sa proximité avec la pasionaria tropézienne :
« Je comprends son combat. Dans le passé, je n’étais pas toujours clean. Mais jamais je ne pourrais refaire ça. Surtout à un chien. Je les adore. J’en ai plein. Si vous les traitez bien, ils vous donnent un amour illimité. »
Cette relation homme-animal tardive révèle une facette méconnue du Madman. Ses chiens, dit-il, lui ont offert un amour inconditionnel que les humains peinaient à lui donner. Une rédemption discrète pour celui qui a longtemps incarné l’excès absolu.
Le bilan d’une vie à 200 à l’heure
En refermant ces Mémoires, impossible de ne pas dresser la liste de ce qui a forgé la légende et tué l’homme :
- 🦇 Les morsures de chauves-souris sur scène, devenues son triste symbole
- 🍷 Un alcoolisme notoire, visible dès l’allocution de 2010 où sa voix hoquetait
- ❄️ Des montagnes de cocaïne qui ont ruiné son nez et son cœur
- 💊 Des pilules en tous genres prescrites par des médecins complaisants
- 🦴 Une colonne vertébrale détruite par des années de chutes et d’opérations
- 🐕 L’amour inconditionnel de ses chiens, son ultime bouée d’ancrage
Le 5 juillet 2025, lorsque la scène de Birmingham s’est éteinte, c’est un homme déjà fantôme qui saluait son public. La mort n’a eu qu’à tendre la main quelques jours plus tard. Mais Ozzy Osbourne, lui, a réussi sa sortie comme personne. En laissant derrière lui un ouvrage qui tient autant du dossier médical que de la déclaration d’amour à la vie. Une dernière pirouette à la hauteur du personnage : un musicien passionné, excentrique jusqu’au bout, qui aura aimé les bêtes plus que les hommes – et qui aura dansé avec la mort sans jamais laisser la peur l’emporter sur la musique.

Samy Hardy dirige la rédaction depuis cinq ans. Journaliste de formation, passé par la presse santé grand public et la communication médicale, il s’est spécialisé dans la vulgarisation de la pédiatrie, du développement de l’enfant et des sciences du langage. Père de deux enfants, il revendique une ligne éditoriale exigeante mais accessible : « personne ne devrait avoir besoin d’un doctorat pour comprendre ce qui arrive à son enfant ».
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