La « nouvelle » orthographe : les 10 principales modifications

La "nouvelle" orthographe : les 10 principales modifications

Beaucoup de sujets, d’articles et d’avis circulent ces jours-ci quant à la « réforme » de l’orthographe avec, souvent, une part belle laissée à l’extrapolation ou à la simplification (serait-ce une tendance générale !?).

Alors, avant d’aborder le « Que faut-il en penser ? Que faut-il en faire ? » dans un autre article, voyons un peu plus précisément de quoi il incombe


1. Les nombres

Dans la nouvelle orthographe, tous les numéraux sont désormais reliés par des traits d’union.

Sim-pli-fi-ca-tion !

Exemples :

  • ancienne orthographe  trente et un, deux cents
  • nouvelle orthographe → trente-et-un, deux-centsun-million-centtrente-et-unième…

2. Les noms composés

Dans les noms composés de la forme verbe + nom (exemple : un pèse-personne) ou préposition + nom (exemple : un sans-abri), la marque du pluriel sera désormais apportée uniquement au second élément et ce, dans tous les cas, sans ne plus avoir à s’attarder sur la question du sens telle qu’était la base avec l’orthographe traditionnelle.

Quelques exemples pour y voir plus clair :

  • ancienne orthographe un après-midi ⇒ des après-midi ; midi ne prenait pas la marque du pluriel car on estimait qu’il s’agissait des heures passées midi et que des midis n’avait pas de sens.
  • nouvelle orthographe → un après-midi ⇒ des après-midis ; la question du sens ne se pose plus puisque la marque du pluriel devient systématique sur le second élément d’un nom composé.
  • ancienne orthographe un compte-gouttes  des compte-gouttes ; pas de -s pour compte puisqu’il est issu du verbe compter ; en revanche, on estimait qu’un compte-gouttes servant à compter des gouttes, il était porté mention du pluriel à gouttes qu’il s’agisse d’un ou de plusieurs compte-gouttes.
  • nouvelle orthographe → un compte-goutte ⇒ des compte-gouttes ; la question du sens ne se pose plus ; quand il est employé au singulier, plus aucune marque du pluriel d’un des deux éléments n’est appliquée.
  • ancienne orthographe un gratte-ciel  des gratte-ciel ; pas de -s pour gratte puisqu’il est issu du verbe gratter ; pas de -s non plus pour ciel lorsque le nom composé est mis au pluriel puisqu’il est estimé que ces bâtiments viennent chatouiller LE ciel.
  • nouvelle orthographe → un gratte-ciel ⇒ des gratte-ciels ; la question du sens ne se pose plus puisque la marque du pluriel devient systématique sur le second élément d’un nom composé.

3. L’accent grave

L’accent grave vient remplacer l’accent aigu :

– dans un certain nombre de mots, lorsque la syllabe qui suit comporte un e muet ;

– au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent comme « céder ».

Exemples :

  • ancienne orthographe événement, réglementaire, ils régleraient, je céderai…
  • nouvelle orthographe → évènement, règlementaire, ils règleraient, je cèderai…

4. L’accent circonflexe

Dans la nouvelle orthographe, l’accent circonflexe disparaît sur le i et le u.

Exemples :

  • ancienne orthographe une maîtresse, le coût, entraîner…
  • nouvelle orthographe → une maitresse, le cout, entrainer…

Déjouez les subtilités orthographiques avec La minute orthoAttention : pas de changements pour les â, ô et ê.

Et, pour ce qui est du i et du u, l’accent circonflexe sera maintenu pour les terminaisons verbales du passé simple et du subjonctif ainsi qu’en cas d’homonymie (mur/mûr, sur/sûr…).

 

Ouf ! Il sera encore possible de faire la distinction entre « Je vais me faire un petit jeune ! » et « Je vais me faire un petit jeûne ! ».


5. Les verbes en –eler ou –eter

Les verbes se terminant en –eler ou –eter se conjuguent désormais sur le modèle de peler ou d’acheter.

Les dérivés en –ment suivent les verbes correspondants.

Exemples :

  • ancienne orthographe j’amoncelle, amoncellement…
  • nouvelle orthographe → j’amoncèle, amoncèlement…

Exception est faite pour appeler, jeter et leurs composés.


6. Le mots empruntés

Mots d'origine étrangèreLes mots empruntés aux langues étrangères suivront désormais les règles qui s’appliquent aux mots français en ce qui concerne leur accentuation et leur mise au pluriel.

Exemples :

  • ancienne orthographe un revolver, des matches, des coaches, un impresario, des impresarii… (les mots « empruntés » étaient écrits tels qu’ils existaient dans leur langue d’origine) ;
  • nouvelle orthographe → un révolver, des matchs, des coachs, un imprésario, des imprésarios…

7. La soudure

La soudure remplace désormais le trait d’union dans :

– les mots composés comprenant contr(e)-, entr(e)-, extra-, infra-, intra-, ultra- ;

– les mots composés comprenant des éléments savants (hydro-, socio-, agro-…) ;

– les onomatopées ;

– les mots d’origine étrangère.

Exemples :

  • ancienne orthographe porte-monnaie, porte-feuille, entre-temps, tic-tac, week-end…
  • nouvelle orthographe → portemonnaie, portefeuille, entretemps, tictac, weekend…

8. Les mots en –olle ou –otter

Les mots en –olle et les verbes en –otter (ainsi que leurs dérivés) adoptent les nouvelles graphies respectives –ole et –oter.

Exemples :

  • ancienne orthographe corolle, frisotter…
  • nouvelle orthographe → corole, frisoter…

Exception est faite pour colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en –otte (comme botter, de botte).


9. Le tréma

Pour montrer la prononciation du u, le tréma est déplacé sur la lettre u dans les mots comportant « guë » et « guï ».

Il est également ajouté à la lettre u sur les mots en –geure ainsi qu’avec le verbe arguer.

Exemples : 

  • ancienne orthographe aiguë, ambiguë, ambiguïté, arguer…
  • nouvelle orthographe → aigüe, ambigüe, ambigüité, argüer…

10. Le participe passé de laisser

Le participe passé de laisser devient invariable s’il est suivi d’un infinitif.

Exemple :

  • ancienne orthographe « elle s’est laissée mourir »  nous nous posions la question – Vous savez le fameux COD… ! – : « Elle a laissé mourir QUI ? » « Elle » donc on accorde.
  • nouvelle orthographe → « elle s’est laissé mourir »  plus de question à se poser !

Autres scories et bizarreries… ?

Dans la nouvelle orthographe, il a été décidé de :

– rendre conformes aux règles de l’écriture du français certaines graphies ;

– restaurer des orthographes originelles qui auraient été déformées ;

– de donner de la cohérence à certaines séries.

Exemples :

  • ancienne orthographe douceâtre, nénuphar, oignon, chariot, imbécillité, boursoufler, lunetier, relais…
  • nouvelle orthographe → douçâtre, nénufar, ognon, charriot, imbécilité, boursouffler, lunettier, relai…

Mais, me direz-vous…

Pourquoi nénufar et pas foto, foque, éléfant, orthografe, orthofonie, farmacie… ?

Nénuphar ou nénufar ?

Le nénuphar est devenu très tendance ces jours derniers (hé, hé) ! Avec son compère l’oignon, sur les réseaux sociaux, les journaux télévisés, c’est le quart d’heure de gloire.

Seulement la plupart des supports balaye les informations à la vitesse de l’éclair (Ça ne sera plus comme ça… ce sera comme ça…) sans même faire la part des choses ou expliquer un semblant de pourquoi (Eh oui, j’oubliais que la tendance actuelle était à la simplification !)…

L’orthographe « nénuphar » (avec ph) serait le fruit d’une erreur.

Dans ses recommandations, le CSLF préconise le retour à l’orthographe « nénufar » plutôt que l’actuel « nénuphar ».

« On a depuis toujours écrit nénufar, ce n’est qu’en 1935 qu’une erreur a été enregistrée dans le Dictionnaire de l’Académie françaiseOn a cru à tort que ce mot était d’origine grecque et on a alors écrit nénupharLes rectifications viennent réparer cette erreur humaine de 1935. Par respect de son étymologie, on redonne aujourd’hui à nénufar la graphie qu’il avait en 1900, en 1800, en 1700… C’est le seul mot en français dont le ph a été rectifié récemment. Aucun autre ph n’a été touché. »

RENOUVO, Réseau pour la nouvelle orthographe du français.


Pour aller plus loin…

Les rectifications de l'orthographe. Journal Officiel

Vous souhaitez approfondir le sujet ?

Cliquez ici pour accéder à la publication du Journal officiel de la République française.

En conclusion

Simplification de l'orthographe

Le mot d’ordre est véritablement la simplification !

Alors que certaines rectifications peuvent se comprendre… d’autres posent la question suivante :

Ne sommes-nous donc plus estimés capables d’analyser le sens des mots, de retenir leur orthographe… ?

Chacun se fera son opinion…


Pour ou contre ?

La réforme de l'orthographe analysée par La minute orthoLa discussion est ouverte, notamment par le biais d’un article complémentaire.

Cliquez ici pour le découvrir ! 



SONDAGESondage La minute orthoLucie Carré, La minute ortho

Aidez-moi à mieux vous aider ! Quel est votre niveau de maîtrise du français ? Quels seraient vos besoins pour progresser ou remédier à vos lacunes ? J’ai bâti un court sondage afin de pouvoir orienter la rédaction des articles et des pages de ce site en fonction de vos attentes et de vos besoins.

Fiches-outils, La minute orthoEn remerciement de votre implication, je vous offre des fiches-outils sur les erreurs très courantes (et néanmoins subtiles) dans nos écrits du quotidien.

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Je vous en remercie par avance.

Lucie


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A propos de l’auteur

Ex-professeur des écoles, orthophoniste et relectrice-correctrice, je constate au quotidien nos lacunes dans la maîtrise de la langue française. Alors m'est venue l'idée de ce blog. En espérant qu'il puisse vous être utile... Lucie

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