La Marseillaise

La Marseillaise


La minute orthoEn ces jours sombres suite aux attentats parisiens, je partage une profonde tristesse et une immense compassion pour ces personnes innocentes tuées ainsi que pour leurs famille et amis.
Comme beaucoup, je suis profondément peinée et démunie face à tant de cruauté et de lâcheté, face à tant de violence et de non-sens mais continuons, malgré tout, à vivre dans la dignité, l’amour et le désir de paix.

En marque de soutien et dans un grand élan national, La Marseillaise est reprise en tous lieux et par le plus grand nombre. C’est tout à fait compréhensible mais sachons toutefois garder notre sens critique, notre capacité de réflexion et plaçons les valeurs humanistes bien au-dessus de la question de l’union (nationalité, religion, appartenance quelconque).

La minute ortho aime les mots. Savoir bien les écrire est une chose. En analyser le sens me semble tout aussi important. En ce contexte particulier, je vous propose de nous arrêter un instant sur le sens des mots de notre hymne national.


La création d’un hymne

Le refrain ainsi que six des sept couplets connus auraient été écrits dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 par Rouget de Lisle (officier français en poste dans la ville de Strasbourg) à la demande du Baron de Dietrich (maire de Strasbourg) suite à la déclaration de guerre du roi à l’empereur d’Autriche.

Il fut alors intitulé « Le chant de Guerre pour l’armée du Rhin ».

L’auteur du septième couplet – destiné aux enfants – reste inconnu.

D’où vient son nom actuel ?

On pense souvent à tort que le chant a été écrit à Marseille, ce qui n’est guère le cas comme évoqué ci-dessus.

L’explication se trouve dans le fait qu’il fut repris par les soldats républicains de Marseille. En août 1792 (insurrection des Tuileries), ils forment un bataillon en partance de Marseille. Et c’est en reprenant le chant de guerre – rebaptisé Marseillaise – qu’ils gagnent Paris à pied.

Rencontrant un grand succès, La Marseillaise est déclarée chant national le 14 juillet 1795.

Interdite sous l’Empire et la Restauration, La Marseillaise est remise à l’honneur lors de la Révolution de 1830.
La IIIe République lui rend son titre d’hymne national français en 1879, statut qui sera confirmé dans les constitutions de 1946 et de 1958.

Un temps délaissé, ce chant revient actuellement en force en tant que symbole républicain.
Depuis la loi du 23 avril 2005, l’apprentissage de La Marseillaise est obligatoire à l’école primaire.


Hymne guerrier ou de liberté ?

La Marseillaise, La minute orthoLes deux ! semblerait-il.

 

Pendant l’Ancien Régime, la population était scindée en trois :

– les nobles qui avaient, soi-disant, le sang « pur » (dit également sang « bleu ») ;

– le clergé ;

– le « tiers-état » qui avait, selon la noblesse, le sang « impur ».

Le « sang impur » dont il est question dans les paroles n’est donc pas le sang de l’étranger ni de l’ennemi mais celui du peuple français.

Peuple qui va offrir son sang en partant combattre.

Peuple qui va verser son sang pour que la patrie recouvre sa liberté…

  

Bien que La Marseillaise ne soit pas un chant d’agression mais un chant de défense face à l’ennemi, cet hymne n’en reste pas moins un chant militaire sanguinaire et violent.


Il n’est pas ici question de renier le passé. En revanche, en tirer des leçons me semble encore plus intelligent.

Réfléchissez donc une minute aux paroles que vous prononcez en chantant « Aux armes citoyens, Formez vos bataillons »… Marchez-vous, manifestez-vous, chantez-vous pour prôner… la guerre ?

À quoi bon alors tant commémorer les guerres passées en se disant « plus jamais ça »… ?
Néanmoins, génération après génération, nous répétons les mêmes allégories sanglantes !

Les mots sont des mantras disent les sages indiens, ce sont eux qui nous forment. Ne serait-il pas temps de trouver d’autres images, d’autres mots, pour nourrir notre inconscient collectif ?

Je ne partage ici qu’un avis personnel mais que diriez-vous…

⇒ d’un nouvel hymne national prônant le règlement des conflits en s’appuyant sur le droit, la justice, la non-violence, le dialogue et le respect de la dignité humaine… ?

⇒ d’un nouvel hymne national pour une République humaniste (sans tomber pour autant dans le pacifisme béat)… ?


Malheureusement, il est fort possible que cette attente soit vaine tant nos concitoyens semblent attachés à la prise des armes et au « sang abreuvant nos sillons » ! Ou alors serait-ce qu’ils en oublient le sens des mots qu’ils chantent… ?


Devoir d’école

La Marseillaise et les enfantsMon garçon est rentré de l’école il y a quelques jours avec, pour devoir du soir : « Apprendre la Marseillaise ». C’était avant les attentats parisiens. La commune et l’école organisaient un rassemblement commémorant le 11 novembre et les enfants y étaient conviés pour répondre « Mort pour la France » à chaque nom cité et chanter La Marseillaise. Ils l’ont donc répétée plusieurs fois à l’école. Et comme l’air reste, mon fils la chante depuis à tout-va et à tue-tête à la maison… Bien sûr, lui, qui n’a pas encore 6 ans, n’en comprend pas le sens. En revanche, les adultes que nous sommes pourrions peut-être nous interroger.

Dans notre époque actuelle, que véhiculons-nous en chantant La Marseillaise ? Et, pire, que transmettons-nous quand nous la faisons chanter à nos enfants dès le plus jeune âge ?

Apprenons-leur la paix plutôt que de prendre les armes, former des bataillons et faire couler le sang dans nos sillons… ! Au nom de quoi ? De la tradition… ?


Outrage à l’hymne national

La MarseillaiseDepuis les rencontres de football France-Algérie d’octobre 2001 et Lorient-Bastia  (finale de la coupe de France) de mai 2002 lors desquelles La Marseillaise a été sifflée, l’État ne prend plus les détournements de l’hymne national à la légère.

En janvier 2003, les députés votaient à l’unanimité un amendement instituant un nouveau délit  intitulé « Outrage au drapeau tricolore et à l’hymne national ». Jusqu’alors inconnu en France, il s’agit désormais d’un délit punissable de 7 500 euros d’amende et six mois de prison !

La question que je me pose est la suivante : où commence l’outrage ?

En est-ce un que de…

  • S’attarder sur le sens des mots ?
  • Souhaiter agir en pleine conscience ?Pour un nouvel hymne national pacifiste
  • Se questionner en toute intelligence ?
  • Faire preuve de lucidité et d’esprit critique ?

En est-ce un que de…

  • Ne pas vouloir véhiculer un hymne guerrier ?
  • Ne pas vouloir en faire transmission (en dehors de son apprentissage à connotation historique) à ses enfants ?
  • Ne pas comprendre que son apprentissage soit fait à l’école et ce, dès leur plus jeune âge sans que cela ne choque personne ?
  • Ne pas vouloir faire l’apologie de la guerre ?
  • Souhaiter un hymne national pacifiste ?

Et Vous ? Qu’en pensez-vous ?

La minute ortho, le sens des motsLoin de l’idée de lancer une polémique ou de vouloir renier notre passé,

peut-être faut-il parfois savoir s’arrêter sur le sens des mots.

Savoir s’interroger et remettre en cause la tradition quand cela est nécessaire.

Savoir échanger des points de vue… À ce propos, en avez-vous un à partager ?


Je souhaite être informé des nouvelles publications du blog « La minute ortho ».


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A propos de l’auteur

Ex-professeur des écoles, orthophoniste et relectrice-correctrice, je constate au quotidien nos lacunes dans la maîtrise de la langue française. Alors m'est venue l'idée de ce blog. En espérant qu'il puisse vous être utile... Lucie

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