A priori, a posteriori, a contrario…

a priori, a fortiori, les règles d'écriture des locutions latines, la minute ortho


A priori, je dirais que nous connaissons bon nombre d’entre elles ! Non ?

Je parle ici de ces locutions ou expressions directement issues du latin.

D’ailleurs, de plus en plus nombreuses sont celles passées dans le langage courant (au point d’en oublier parfois l’origine…).

Toutefois, savons-nous les retranscrire correctement… ?


Quelles sont les règles orthotypographiques en la matière ?

Règles orthotypographiques

« Orthotypographie »… mais qu’est-ce donc que cette bête-là Lucie… ?

– Hum… vous avez raison ; peut-être qu’un préambule (ou praeambulum) est le bienvenu !

À première vue (ou… a priori), nous pourrions supposer que le terme orthotypographie corresponde à la composition :

préfixe grec ortho (→ idée de droiture, justesse, régularité…) + typographie  normes en matière de typographie.

Exemples d’utilisation du préfixe ortho (pour indiquer ce qui est droit, correct…) : orthographe, orthophonie, orthopédie…

Or, ce n’est pas le cas !

Le terme orthotypographie est ce que l’on appelle un « mot-valise » – tel que le définit Jean-Pierre Lacroux – composé des mots orthographe et typographie. Il correspond à un vaste domaine qui s’intéresse à l’ensemble des règles permettant d’écrire de façon correcte et recoupant l’orthographe avec les règles typographiques. Nous y retrouverons notamment les normes quant à :

  • la juste utilisation des minuscules et majuscules, des espacements, des tirets, de l’italique ou des caractères gras ;
  • l’emploi des caractères spéciaux (puces, astérisques, majuscules accentuées, ligatures…) ;
  • l’alinéation, l’énumération, la division des mots en fin de ligne ;
  • la mise en place des dialogues, des tirades, des poèmes ;
  • les compositions des toponymes (noms de lieux : de rues, de monuments, d’enseignes, etc.), des nombres, des abréviations ;
  • l’organisation de tableaux (sens de lecture) ;
  • la mise en pages (marges, justification, interlignage, typographie, titrage, lettrine…) ;
  • les règles de présentation qui participent à la compréhension visuelle d’un texte structuré, qu’il s’agisse d’impression sur papier ou de mise en ligne.

Une liste non exhaustive !


Lexique des règles orthotypographiquesÀ l’heure où l’auto-édition est désormais fréquente (et où certains font le choix de se passer des relecteurs, correcteurs, typographes, etc.), je ne saurais que chaudement vous recommander l’ouvrage Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale.

Vous y retrouverez le détail de toutes les normes orthotypographiques, facilement accessibles car classées par ordre alphabétique selon leur intitulé (exemple : L comme… « locutions latines » !)

Un bon guide pour réaliser des contenus de qualité !


Et donc…

C’est en me référant à cet ouvrage que je vous transmets les règles d’écriture concernant les locutions latines, notre sujet du jour.

Les locutions latines non francisées

Ad hoc, ad libitum, a fortiori, a posteriori, a priori, bis, grosso modo, ibidem, idem, in extenso, in extremis, in fine, infra, loc. cit., modus vivendi, op. cit., passim, quater, sic, statu quo, supra, ter, via, vive versa…

À composer :

  • en italique dans un texte en romain (ou en romain dans un texte en italique) ;
  • sans accents.

Les locutions latines francisées

Cf. (conferre), critérium, désidérata, duo, duplicata, errata/erratum, et cetera (etc.), exeat, exequatur, impedimenta, in-folio, in-octavo, in-quarto, intérim, maximum, mémento, mémorandum, minimum, minus habens, muséum, pensum, post-scriptum, quatuor, référendum, requiem, solo, tollé, triplicata, ultimatum, vade-mecum,veto, visa…

À composer :

  • en romain ;
  • avec accents.

À y perdre son latin…

Les réformes de l’orthographe de 1990, avec leur optique de simplification de l’orthographe, prônent l’entière francisation : écriture accentuée et en caractères romains pour tous les termes (à priori, à fortiori, etc.).

Vous n’avez plus qu’à faire votre choix !

L’essentiel à retenir

⇒ Pour faire simple, peut-être pouvons-nous juste retenir une règle de cohérence :

  • Soit nous considérons que nous avons affaire à des expressions latines ⇒ nous les démarquons alors en italique (nul besoin d’y associer des guillemets ; point trop n’en faut !) et nous nous passons des accents (puisqu’il n’y en a pas en latin) ;
  • soit nous considérons que nous avons affaire à des expressions devenues bien françaises ⇒ nous employons alors les accents lorsqu’ils sont nécessaires et transcrivons les termes en question comme le reste de notre texte (caractères romains).

Et la règle de cohérence voudrait que l’on adopte le même choix au fil de nos écrits mais…

a priori ou à priori

… reconnaissons que c’est à « y perdre son latin parfois » 😉 !


À vous de jouer !

Minus, lapsus et mordicusCombien dénombrez-vous de mots latins dans l’extrait ci-dessous ?

Afin de ne point vous donner la réponse, il n’a – bien évidemment – pas été fait de distinctions en italique.

« Au milieu du campus, près du muséum, et devant notre sponsor, j’avais soutenu mordicus qu’au dernier palmarès, notre duo avait été classé ex-aequo avec celui d’un quidam qui était au summum de sa renommée, mais qui se trouvait là incognito. Malheureusement pour nous, ce dernier, dans un rictus peu amical, nous montra illico son agenda et une série de prospectus spécifiant qu’à l’issue d’un long processus, c’était lui qui avait été déclaré in extremis l’as de la catégorie senior car son curriculum vitae était vraiment super.

Mais motus et bouche cousue ! Personne ne doit se douter que nous n’avons eu qu’un accessit. »


Dans son ouvrage Minus, lapsus et mordicus. Nous parlons tous latin sans le savoirHenriette Walter s’intéresse à ce patrimoine international qui a traversé les siècles et les pays. Un latin dont elle détaille les variantes tout en évoquant son prestige au fil des siècles.

Sur le site de vente, un lecteur en parle avec ces mots (je ne saurais dire mieux !) :

Walter a écrit un essai aussi clair que concis, parsemé d’encadrés explicatifs et de « récréations » (dont heureusement les solutions sont fournies) qui sont autant de respirations. De même, en fin de volume, on trouve des « Notes et références bibliographiques utiles » et pas moins de quatre index permettant un retour aisé vers telle personne, tel lieu, telle notion ou même tel mot latin. Ajoutons à toutes ces qualités des références pertinentes à Brassens, Rabelais, Molière ou, évidemment, Astérix, et on obtient un essai qui, même s’il s’en défend, est le meilleur plaidoyer possible pour l’étude du latin. Au point même de donner envie de fouiller sa bibliothèque à la recherche d’une vieille grammaire, d’un Gaffiot et d’un Juvénal et d’un Suétone autrefois étudiés afin de dérouiller son latin.



Je souhaite être informé des nouvelles publications du blog « La minute ortho ».


 

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A propos de l’auteur

Ex-professeur des écoles, orthophoniste et relectrice-correctrice, je constate au quotidien nos lacunes dans la maîtrise de la langue française. Alors m'est venue l'idée de ce blog. En espérant qu'il puisse vous être utile... Lucie

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